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Léa Picosson

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Essai Audi RS6 V8 4.0 560 ch – Avis de tempête

Mon permis déchiré, m’entraînant dans le chômage, la dépression, le divorce, puis l’expulsion, j’avoue avoir pensé à cette spirale infernale avant d’allumer la mèche du nouveau break Audi RS6. Avec ses 560 ch, cette GT déguisée en familiale est intimidante. Et sa réputation la précède.  Mais enfoncer sans retenue sa pédale de droite permet de basculer dans un autre monde, un monde où toutes les autres voitures semblent à l’arrêt, où les lignes droites sont raccourcies et les virages insignifiants. Qu’importe s’il faut dormir en prison ce soir, le plus criminel serait de ne pas goûter à ses excès (de vitesse). 

Chez Audi on aurait pu se dire qu’avec 420 ch la S6 avait largement de quoi régner sur la catégorie des berlines hautes performances. Sauf que chez les « p’tits copains », BMW et Mercedes, les M5 et E 63 AMG flirtent avec les 560 ch. Autres bonnes raisons de légitimer un break dont la puissance équivaut à celle d’une supercar des années 90 – une Ferrari F50 délivrait 520 ch en 1995 –  l’histoire avec une première incursion sur ce créneau en 1995 avec la RS2 (315 ch), et le passé immédiat avec les deux précédentes générations de RS6 (photos ci-dessous). La première voit le jour en 2002 avec un V8 biturbo de 450 ch et six ans plus tard la seconde mouture fait scandale avec cette fois un V10 5.0L biturbo de 580 ch.

En 2013, la marque aux anneaux semblent revenir à la raison (quoique) avec une RS6 troisième du nom « downsizée » et munie d’un système de coupure des cylindres pour une consommation en recul de 40%. Les deux turbos sont toujours là mais le V8 fait son retour (4.0 L TFSI) avec  une puissance en baisse de 20 ch. En revanche le couple est en hausse, 700 Nm contre 650 Nm pour l’ancien V10, et grâce à un poids total en recul d’une centaine de kilos les performances sont meilleures. Imaginez un break familial (seule carrosserie disponible), dont le coffre affiche au minimum 565 L, accélérer de 0 à 100 km/h en 3’’9 et dépasser les 300 km/h grâce au pack Dynamique Plus en option (250 km/h de série).  Pour faire simple, la RS6 se hisse au niveau d’une Mercedes SLS AMG ou de la dernière Porsche 911 Turbo, la polyvalence en plus.  


L’hyper-break entre muscles apparents et accueil raffiné

En optant pour le label RS « Rennen Sport », la très chic A6 Avant ne trompe plus personne. Sa volonté d’en découdre est clairement affichée avec notamment une face avant ultra-agressive et des ailes copieusement élargies. Ailes d’ailleurs bien remplies par des jantes 20 pouces en série, 21 pouces en option sur notre modèle d’essai.  La taille des disques (390 mm) qu’elles laissent apparaitre est plutôt inhabituelle sur une familiale, tout comme le diamètre des deux sorties d’échappement ovales. Ajoutons à cela quelques touches de carbone (spoiler, entrées d’air frontales, diffuseur) contre une rallonge de plus 5 000 € et la RS6 cultive son image de bandit de grand chemin qu’il faut assumer. Mais quelle présence !

A l’intérieur, l’esprit est bien différent mais tout aussi séduisant. Certes les plaquages carbone, le volant aplati dans sa partie inférieure et le tachymètre gradué jusqu’à 320 km/h renseignent sur le pédigrée de la bête, mais il ne faut pas oublier que la base de cette auto est quand même une familiale de référence sur le marché. La finition est irréprochable comme toujours, les assises plus enveloppantes qu’à l’accoutumée sont de véritables fauteuils et l’équipement proposé fait davantage penser à une limousine qu’à une sportive radicale. En France, la RS6 est proposée dans une unique finition suréquipée avec climatisation 4 zones, sièges électriques, feux xénon, toit ouvrant, GPS, sellerie cuir/alcantara, caméra de recul, hayon électrique, accès et démarrage mains libres.


Tornade blanche

Une fois passé le démarrage et sa sonorité caverneuse, la RS6 se fait étonnamment discrète. L’insonorisation est certes excellente mais à vitesse stabilisée la mécanique sait se faire oublier, et dans le flot de la circulation la RS6 se montre facile grâce notamment à une boîte Tiptronic 8 rapports d’une grande douceur. Dans sa tâche, elle est aidée par la transmission intégrale quattro et par le différentiel quattro sport  capable de répartir le couple entre les roues arrière.

C’est quand la route se dégage que la RS6 dévoile son véritable tempérament, celui d’une brute à la force herculéenne et inépuisable. Les accélérations sont violentes, les relances explosives, et la mécanique ne présente aucune inertie. Avec la RS6 c’est tout, et quand on dit tout c’est tout – les 700 Nm sont disponibles de 1 750 à 5 500 trs/min – tout de suite et tout le temps. Au chapitre acoustique, on peut être déçu par son manque de mélodie, un V8 AMG se montrera plus expressif, mais une fois les clapets actifs de l’échappement ouverts on a l’impression que ce dernier se trouve sur la banquette arrière. Il envahit alors l’espace d’un souffle extraordinairement puissant. Personnellement je n’ai jamais eu l’occasion de voir une tornade, encore moins de l’entendre, mais j’imagine désormais très bien ce que cela peut donner.

Eprouvante en conduite sportive tant elle demande de l’attention en raison de son gabarit (4,80 m) et de son poids (1,9 tonne), la RS6 met également à mal ses liaisons au sol. Confortable en conduite coulée, elle devient très ferme une fois le Drive Select en position Dynamique. Si sa stabilité et son niveau d’adhérence forcent le respect sur revêtement lisse, elle chahute ses occupants sur chaussée dégradée et le léger flottement de sa direction demande un peu de savoir-faire et de sang-froid pour maintenir un rythme élevé. Sa fiche technique l’empêche bien entendu d’offrir l’agilité d’une GT mais sa maîtrise en courbe est réellement bluffante. On se surprend alors à écraser l’accélérateur en sortie de courbe, et là où bon nombre de voitures même moins puissantes nous auraient envoyé aussitôt dans le décor, la RS6, elle, passe en force. Avec elle on ne sait pas si « ça pousse » ou « si ça tire », peut-être les deux ! La transmission craque, la boîte se cherche, les pneus sont au bord de la rupture mais l’effet catapulte est bien là, et pas le temps de rêvasser car le virage d’après vous saute au visage. On remercie alors le freinage qui fait bonne figure compte tenu de l’ampleur de la tâche. Freinage qui en option (9 800€) peut troquer l’acier contre la céramique.

Autant le dire, quel que soit le type de route les vitesses atteintes par la RS6 sont effrayantes et transforment le gentil père de famille en grand délinquant. On imagine alors très bien ce dernier, les yeux injectés de sang et sourire en coin, répondre par « très bientôt » à l’éternelle question : « quand est-ce qu’on arrive ? ». A moins que des passages répétés à la pompe (26,0 L/100 km de moyenne en conduite sportive) ne finissent par retarder la petite famille.


Essai Audi RS6 V8 4.0 560 ch – Bilan

On lui reprochera certainement son look exubérant, son tempérament peu joueur et uniquement tourné vers l’efficacité, le manque de musicalité de sa mécanique, voire même son prix (à partir de 120 600 €), mais impossible de ne pas voir en elle la familiale ultime, celle dont tous les papas rêvent.  Présentation, polyvalence, caractère moteur, comportement, la nouvelle RS6 a certainement atteint les limites du genre mais de la façon la plus aboutie qu’il soit.

 

Photos Voitures.com, T.Riaud & B.Debeuret

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